par Jean Foucambert
Imaginons un instant – la probabilité de la chose justifierait-elle de s’y consacrer davantage ? – qu’un ministre de l’éducation, fraîchement nommé et encore inquiet de l’inanité des mesures prises par ses prédécesseurs, demande qu’on lui suggère une direction de réflexion susceptible d’aider l’humanité à secouer les chaînes qui l’attachent toujours au Moyen Âge... !!! ...
Peut-être lui rappeler que l’éducation est le résultat du fonctionnement global du corps social tel que le façonnent les rapports de production, résultat différencié par la place que chaque individu y tient ? Aujourd’hui tout autant qu’à l’ère des cavernes...
On peut, en reprenant le concept d’Élisée Reclus, parler en cette affaire « d’holisme dialectique » : les individus se forment dans et par le collectif auquel ils donnent eux-mêmes forme. On pourrait alors en déduire que cette implication des individus par et dans les rapports sociaux (c’est-à-dire dans les luttes que la division du collectif en groupes d’intérêts antagonistes ne peuvent pas ne pas générer) est le terreau effectif de leur conscientisation. Mais ce serait négliger que ces groupes sont entre eux dans des rapports de hiérarchie, de concurrence ou d’alliance, non pour des raisons numériques mais parce qu’une minorité a confisqué la propriété des moyens de production (y compris des valeurs et des idées) en achetant comme une marchandise la force de travail du plus grand nombre. Il s’agit donc, pour les dominants, d’assurer la qualification nécessaire de cette marchandise, non seulement au plus bas coût de ce qu’il n’est pas permis d’ignorer pour occuper tel poste d’un travail émietté, mais aussi au moindre risque que cette instruction technique donne, si peu soit-il, accès aux outils d’analyse de la force des choses et du monde tel qu’il est. Il s’agira alors, dès l’enfance, de persuader à l’aide d’institutions que c’est l’exploitation du travail qui, à l’usage, garantit le moins mal le respect de l’individu et l’exercice de sa liberté...
Longtemps, l’institution religieuse a joué ce rôle d’opium des pauvres majoritairement ruraux et tenus dans l’ignorance. Mais au XIXe siècle, le développement industriel, en concentrant des collectivités prolétaires dont les membres exploités apprennent ensemble qu’ils n’ont rien à perdre, confronte la bourgeoisie – devenue la classe politiquement dominante après Thermidor – à l’effervescence de nombreuses révolutions populaires. Face à ce danger, Jules Ferry choisit de prendre l’offensive en rendant obligatoire pour le peuple un système d’instruction dont il assure aux possédants qu’il «fermera l’ère des révolutions». Combattre donc, en imposant une école obligatoire pour le peuple, cette éducation mutuelle que celui-ci s’est donnée à travers les formes de solidarité dont il a su se doter et les luttes qu’il a dû mener. On s’oriente ainsi d’une formation mutuelle sur le tas à la qualification de la force de travail en amont de la production, à l’abri de ce qui fonde la réalité de l’expérience quotidienne, donc dans un espace clos, miraculeusement protégé, quelques heures par jour, de la violence environnante des rapports économiques. C’est désormais par un faire semblant donné comme humaniste, neutre et universel que devront se transmettre les valeurs et se forger les habitudes de pensée. En clair, «tous les agents de la production, de l’exploitation et de la répression, sans parler des intellectuels, doivent être à un titre ou à un autre pénétrés d’une idéologie conforme afin de s’acquitter consciencieusement de leur tâche – soit d’exploités (les prolétaires), soit d’exploiteurs (les capitalistes), soit d’auxiliaires de l’exploitation (les cadres), soit de grands prêtres de l’idéologie dominante...» (Louis Althusser). Ainsi en est-il de l’aliénation...
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ACTUALITÉS de L'AFL
GL 13 - l'AFL au rendez-vous des éditeurs
-- 12 mai 2012, de 8h30 à 11h30, à l’école St Barthélémy SNCF, Marseille.
AL31 : atelier de formation à la lecture littéraire
- samedi 5 mai de 9h à 12h - L’album « DANS LA FORÊT PROFONDE » de Anthony BROWNE (Kaléidoscope) à l’école maternelle de Longages (31) chemin de Muret.
AL 34 : l'humour dans la littérature de jeunesse, mais qu'est-ce qui les fait rire ?
- samedi 12 mai - inscriptions par mail associationlecture34@gmail.com ou
04/67/20/21/30 au Centre de Ressources Littérature jeunesse, Médiathèque Centrale Émile Zola.
GL 44 : carnet de lecteur
-- samedi 12 mai : à Gondrin (32) dans les locaux de
l’Association pour le Développement d'une Politique de Lecture en milieu rural (ADPL), inscriptions possibles auprès de l’ADPL / 0562291634 / adpl32@wanadoo.fr
ou de l'Association Gersoise pour la Lecture (AL32) au 05.62.28.62.57 ou par courriel
ALEPH : rencontre débat sur la dimension Éducation des programmes des candidats à la présidence de la République
- 2 mai 2012, de 19h 30 à 20h 30. Agora de Nanterre (RER Nanterre - Ville).ANNULÉ
OBSERVATOIRES DES ÉCRITS n°3 : rencontre d'un auteur ou le regard en surplomb
Avec ce troisième volume de la collection « Observatoires de Lecture », l’Association Française pour la Lecture présente le travail d’une classe de Moyenne Section à Noisy-le-Sec (93) découvrant l’œuvre de Philippe Corentin. Derrière ce projet, déjà très ambitieux, ce sont les bases d’une lecture experte qui sont posées : savoir se repérer dans un large territoire de textes, réfléchir ensemble aux obstacles de compréhension, s’entraîner à identifier les mots mais aussi la forme des phrases, l'organisation des pages, pour produire un recueil dans la grande tradition littéraire : un bestiaire. (téléchargeable sur le site de l’AFL : www.lecture.org).
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