LA RAISON GRAPHIQUE A L'ŒUVRE

a Lors de son dernier congrès en octobre 2006, l’Association Française pour la Lecture tentait de mieux comprendre pourquoi (et comment) on ne peut faire l’apprentissage d’un comportement complexe, quel qu’il soit, sans le rencontrer d’abord dans sa complexité. À la suite des contributions de ces journées, elle s’est attachée à une facette de cette complexité en se centrant sur la question de l’écriture en tant que procès de production de textes et en interrogeant ses mises en œuvre au travers d’une recherche-action. L’occasion fournie par l’organisation de son prochain congrès qui se tiendra à l’INJEP de Marly-le-Roi en région parisienne lui permettra d’approfondir les raisons de s’intéresser, aujourd’hui sans doute plus que jamais, à ce thème et ce, sur des bases renouvelées.

a Ouvertes au public, notamment aux autres mouvements éducatifs, les journées d’étude des 27 et 28 octobre 2008 permettront de questionner, avec l’appui d’intervenants extérieurs, les présupposés des pratiques en ce domaine. Comment le passage à l’écrit permet-il de construire différemment la complexité de notre rapport au monde ? En quoi l’écrit, par les contraintes matérielles qu’il impose et par les caractéristiques de la situation de production qu’exige sa mise en œuvre, relève-t-il d’une technologie de l’intellect (cf. Jack Goody) spécifique, différente et complémentaire de celles offertes par d’autres langages dont il ne constitue jamais une transcription ? Que faut-il attendre, au niveau de la vie citoyenne, professionnelle et culturelle, d’un exercice plus intense et plus expert de la raison graphique comme composante de l’implication et du pouvoir de chacun dans ce qu’il vit ? À quels obstacles dans les représentations, les enjeux et les modes de fonctionnement individuels et collectifs se heurte une telle généralisation, d’un point de vue politique, social, culturel, scolaire et pédagogique ? Sur quelles avancées pratiques et théoriques s’appuyer ? Dans et pour quelles alliances ?

a De nombreux dispositifs éducatifs et culturels soutiennent aujourd’hui la production de textes, tant dans le système scolaire qu’à l’extérieur. La majorité des actions semblent relever d’une justification circulaire où ce qui est choisi et ‘enseigné’ (comme moyen offert pour apprendre) devient progressivement une fin, ce qui évite d’avoir à se demander à quoi sert de penser avec l’écrit ; un peu comme ce qu’on a connu à la fin du siècle dernier pour les mathématiques où extraire une racine carré, côtoyer logarithmes et exponentielles ou se mouvoir dans les espaces vectoriels devenait l’objectif pour des collégiens qui n’y seraient ensuite plus jamais confrontés. Qu’en est-il de la raison mathématique que la rencontre scolaire de quelques-uns de ces objets est sensée permettre au plus grand nombre d’exercer, ensuite, comme rapport ordinaire à la réalité et hors de toute spécialisation professionnelle ? De même, faire écrire aujourd’hui « comme il faut » un conte, une lettre de motivation, un haïku, une dissertation évite, semble-t-il, de questionner cette technologie spécifique de l’intellect qu’est l’écrit sous couvert qu’elle serait d’abord une forme d’expression et de communication. Mais à quoi reconnaît-on qu’il s’élabore bien une ‘expression’ – construite à travers un exercice spécifique de l’écriture – novatrice, déjà pour son auteur, comparée aux ‘expressions’ que les autres langages lui auront parallèlement permis d’élaborer pour des ‘communications’ différentes ? En quoi l’outillage de la pensée s’est-il enrichi des opérations intellectuelles nouvelles que le langage écrit rend possibles ? Comment en voit-on les traces et comment en accompagner l’évolution par le biais de dispositifs vigilants qui confrontent les moyens mis en œuvre aux fins recherchées ?

a Ces deux journées sur la piste de la raison graphique se proposent de partager des analyses issues de recherches engagées en d’autres lieux, le travail sur les manuscrits d’écrivains, les ateliers d’écriture en milieu adulte, l’écriture et la réécriture en milieu scolaire, les apports de l’informatique, l’expérience d’éditeurs ainsi que les premiers enseignements de la recherche-action conduite actuellement par l’AFL dans une trentaine de lieux répartis sur les 3 cycles de l’école primaire.