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Petit-Bleu et Petit-Jaune

Leo Lionni

Le texte est court et semble très rythmé. L’analyse du texte confirme ces impressions mais renseigne sur les effets de cette écriture :

1. Des phrases simples et courtes dans l’ensemble.
De nombreuses propositions indépendantes juxtaposées les unes aux autres. Quelques propositions subordonnées :
- Une relative : « …Petit Jaune qui habite la maison d’en face. »
- Une amorce de conjonctive (inachevée, pas de verbe) : » il le cherche partout jusqu’à ce que soudain à l’angle d’une rue… »
- Une conjonctive de comparaison introduite par la locution si…que « ils l’embrassent si fort qu’ils deviennent tout verts »
- Une conjonctive de temps « quand ils sont fatigués, ils rentrent à la maison »

Ce choix d’écriture simple correspond-il à la volonté de l’auteur d’écrire pour de très jeunes enfants ? Rappelons que ce livre est le premier album de Leo Lionni qui cherche peut-être ici son style d’écriture.

2. Un rythme binaire tout au long du texte.
Sur chaque double page, les objets linguistiques sont groupés par deux à l’image des deux amis héros de l’histoire :
- deux propositions indépendantes :
Ils rencontrent Petit Orangé / Ils grimpent sur une butte
La maison est vide. / Où est Petit-Jaune ?
Ils versent de grosses larmes jeunes et bleues / ils fondent en larmes jaunes et bleues Ils l’embrassent et le serrent très fort / Ils embrassent et serrent très fort aussi Petit-Jaune
Tous s’embrassent avec joie / Et les enfants s’amusent jusqu’au dîner

- une proposition scindée en deux groupes reliés
* soit par une virgule :
Je dois sortir ; / attends-moi à la maison.
Ils vont s’amuser dans le parc, / ils creusent un tunnel ;
Il le cherche par-ci, / il le cherche par là
Jusqu’à ce que soudain, / à l’angle d’une rue
tout heureux, / ils s’embrassent
Tu n’es pas notre Petit-Bleu, / tu es vert
Tu n’es pas notre Petit-Jaune, / tu es vert
Enfin remis de leurs émotions, / ils se retrouvent comme avant
* soit par la conjonction de coordination et :
ils aiment jouer à cache-cache / et / faire la ronde
ils courent / et / sautent
Mais Petit-Bleu veut jouer avec Petit-Jaune / et/ il va le chercher dans la maison d’en face.
Ils l’embrassent / et / le serrent très fort.
Ils embrassent / et/ serrent très fort aussi Petit-Jaune
* soit par des points de suspension :
il le cherche partout / … / jusqu’à ce que soudain
à l’angle d’une rue / … / le voilà !
ils s’embrassent si fort / …/ …/qu’ils deviennent tout verts

Ce souci constant du texte de relier les éléments deux par deux semble renforcer l’amitié qui relie les deux enfants.
Leurs noms même joue de ce rythme binaire et de ce lien. Ce sont deux noms composés formés de deux mots, et ces deux noms ont deux termes communs : Petit + une couleur (bleu, jaune… couleurs complémentaires bien sûr)

Des répétitions constantes renforcent cette dualité et ce lien tout au long du texte :
Il est à la maison avec Papa-Bleu et Maman-Bleu.
Petit-Bleu a beaucoup d’amis. Mais son meilleur ami
Ils aiment jouer à cache-cache
En classe, ils doivent rester tranquilles et sages ; mais après la classe, ils courent et sautent.
Ils le cherchent, il le cherche, il le cherche
par-ci ; par-là ; partout
Ils s’embrassent . Ils s’embrassent si fort
Mais Papa-Bleu et Maman-Bleu disent . Papa et Maman-Jaune disent
Tu n’es pas notre Petit-Bleu, tu es vert . Tu n’es pas notre Petit-Jaune, tu es vert
Ils versent de grosses larmes jaunes et bleues . Ils fondent en larmes jaunes et bleues.
Ils l’embrassent et le serrent très fort . Ils embrassent et serrent très fort aussi Petit-Jaune.

une succession de mais ponctue le discours de Leo Lionni, comme pour mettre en évidence la constante nécessité de nuancer les choses.

3. Une mise en scène du texte interactive
Le texte commence par ces mots : « Voici Petit-Bleu. » Qui présente donc le personnage qui entre ainsi en scène ? Un narrateur absent du texte, dont la présence se dévoile au travers de ce déictique voici et donc, le lecteur par le truchement de l’écriture. Ainsi dès le premier mot, le lecteur est acteur dans le texte. C’est lui le marionnettiste qui tire les ficelles et désigne les personnages. Leo Lionni montre par l’image et invite le lecteur à raconter en commentant l’image. Ainsi quand l’adulte lit la première page du livre à l’enfant, sa lecture pointe du doigt le personnage au centre de la page. Tout le livre suit cette dynamique entre des images simples, aux couleurs vives et un texte court et enlevé qui le commente.
Après cette entrée remarquée de Petit-Bleu, on attendait l’entrée de Petit-Jaune ainsi formulée : et voilà Petit-Jaune. Voici, appelle voilà, comme par-ci appelle par-là. Le lecteur devra attendre de tourner plusieurs pages pour qu’enfin arrive ce voilà : jusqu’à ce que soudain, à l’angle d’une rue… Le voilà !
Mais un autre voilà suivra, en fin de texte, pour donner enfin la clé de l’intrigue : « Mais voilà que dans l’embrassade, ils deviennent verts ! »

Par-ci lui, sera suivi immédiatement de par-là puis par partout, sorte de point d’orgue qui met l’accent sur un mode de formation des mots : par-ci, par-là, par-tout.

4. Des enfants omniprésents dans ce texte
Le pronom ils est répété 19 fois dans le texte. Il représente 14 fois les deux enfants, puis 5 fois (en fin de texte) leurs parents.
Il figure au singulier il 5 fois et désigne exclusivement Petit-Bleu.
Petit-Bleu est répété 5 fois, Petit-Jaune 6 fois

- Quel est le caractère de chaque enfant ?
On ne le sait pas, même si Petit-Bleu est plus régulièrement en position de sujet dans les phrases. C’est lui qui va chercher son ami. Petit-Jaune est présenté par rapport à Petit-Bleu : c’est son meilleur ami . L’inverse n’est pas écrit, même si cela semble implicite eu égard à la forte utilisation du pronoms ils qui les unit dans toutes les situations (à l’école et hors de l’école).

Les enfants doivent rester tranquilles et sages mais le restent-ils vraiment ? la question peut se poser à partir du texte, même si l’image semble dire que tous les élèves se tiennent à carreau dans cette classe (a sens propre comme au sens figuré).
Petit-Bleu n’est pas très obéissant puisqu’il transgresse allègrement les recommandations de sa mère. Et les enfants sont joueurs : ils jouent dès que sortis de la classe, et en fin de texte, ils jouent jusqu’à l’heure du dîner.

5. la morale de l’histoire
C’est par eux que le malheur arrive.
D’abord parce qu’ils laissent leurs enfants seuls : Petit-Bleu reste seul à la maison et Petit-Jaune traîne dans la rue !
Ensuite, ils rejettent leur enfant qu’ils ne reconnaissent plus. Leurs propos sont terribles :
« Tu n’es pas notre Petit-Bleu, tu es vert ! »
Le possessif notre joue là un rôle primordial car il matérialise le lien normalement indéfectible entre l’enfant et ses parents. Est-il possible de ne pas reconnaître son propre enfant ? (cf l’ogresse en pleurs qui a mangé son propre fils et l’ogre du chat botté qui tue ses propres filles) Qui commet la faute ? les parents ou les enfants ? laquelle ?
Qui la répare ? les enfants. Ce sont eux qui vont résoudre cet affreux imbroglio. Leur effroyable chagrin va les anéantir dans un premier temps (ils fondent en larmes, ils sont disloqués, détruits) pour leur permettre de se reconstruire. Perdus pour ceux qui les aiment, ils vont se perdre à eux-mêmes. Puis, comme le phénix renaît de ses cendres, ils vont renaître de ce malheur. L’épreuve est salvatrice et, enfin remis de leurs émotion, ils se retrouvent comme avant.
Avant quoi ? avant de s’être tellement aimés ? avant d’avoir tellement déteints l’un sur l’autre, au point de ne plus être reconnaissables même par les leurs (notre) ?

Le jeu dangereux du don de soi perd son pouvoir maléfique dès qu’il est compris. « ils comprennent ce qui est arrivé » et parents et enfants vont jouer à se mélanger et à déteindre l’un sur l’autre tout en gardant la maîtrise du jeu. Se mélanger sans se perdre et se noyer (de chagrin) est un plaisir autorisé et même recommandé par la morale de l’histoire…
Cette recherche de soi et de la prise en main de leurs destins par les individus est sans doute une constante de l’œuvre de Leo Lionni qui pose dans ce premier livre en apparence très simple, tous les jalons de sa quête initiatique.

 

Le langage
au cœur des apprentissages
Vivre ensemble
Agir et s’exprimer avec son corps
Découvrir le monde
La sensibilité, l’imagination,
la création


Langage en situation :
- jouer l’histoire dans la salle de jeu
- jouer l’histoire en manipulant des ronds transparents. Sonoriser et enregistrer.

Langage d’évocation :
- jouer l’histoire avec des galets, des feuilles de rhodoïd
- raconter l’histoire à partir du livre, des images

Se familiariser avec le langage écrit :
- observation du texte ( la chronologie de l’histoire, la désignation des personnages)
- observation des mots et de leur formation
- à partir d’étiquettes Petit / Bleu / Jaune / Papa / Maman / prénoms de la classe… refaire les noms des personnages de l’histoire + d’autres

Se construire une première culture littéraire :
Les réseaux de livres


Prendre la parole à bon escient (attendre son tour)

Se faire comprendre (poser sa voix, prendre en compte son, ses récepteurs)

Ecouter ceux qui parlent

Respecter une consigne

Soigner son travail, le mener à terme

Amener les enfants à se différencier autrement que par les apparences :
- jeu des portraits = amener les enfants à se définir à partir d’une qualité, construire un jeu de cartes qualité, puis tirer les cartes et chercher qui se cache derrière la carte


Séances en salle de motricité :
Théâtre

Jouons à PB et PJ (prévoir des tee-shirts jaunes et bleus)
*à 2 dans 1 cerceau
*tous seuls (dans le parc, en récréation)
*jeux de mimes
- que fait PB ?
- PB se promène, Papa-Bleu, Maman-Bleu

Faire des pyramides d’enfants et chercher à les nommer (pour travailler sur l’intérêt d’être ensembles)
cf Pezzetino


Formes géométriques : les carrés et les ronds (à partir ds formes des maisons)

Les familles :
- généalogie réelle (moi, mes parents, mes gds-parents) et fictive (PB et PJ se marient, ont un enfant : PV , qui se marie avec PO, ont un enfant : PM)
- les animaux et leurs petits (à partir des livres : Es-tu ma maman, es-tu mon papa ?)

Structuration du temps :
- la chronologie de l’histoire

Travailler sur les mélanges
- visibles (eau+huile)
- invisibles
(eau + grenadine)
- réversibles
(eau + sel)


Les couleurs :
- savoir les nommer
- mélanger les couleurs primaires (empreintes de mains)
- jouer sur les transparences (intercalaires, rhodoïd)

Fabriquer un livre, ou un panneau décoratif à la manière de Leo Lionni

Musique :
Travail sur les sons
deux sons différents qui se confondent ou pas
- entendre dans une musique les deux instruments, écouter un chant à deux voix
- produire une musique avec deux instruments , chanter à deux voix



Pistes travail Petit Bleu et petit Jaune (maternelle) :
Synthèse du travail mené avec des PE2...

Travail sur la compréhension de l’histoire (l’explicite) :
- raconter l’histoire plusieurs fois en variant les modalités : lecture du livre face aux enfants, feuilletage de l’album (avec un petit groupe si possible) et questionnement des enfants par rapport à l’image, projection des images du livre (grand groupe) et questionnement des enfants (la maman s’en va ? comment vous voyez cela ? Ils sont sages en classe ? où voyez vous cela ? mais où sont donc passés Petit-Bleu et petit-Jaune, je ne les vois plus ? qui est celui-là ? C’est Petit-Vert ? d’où sort il ?)
- Faire expérimenter aux enfants les mélanges de couleur :
jaune + bleu = ? et jaune + rouge = ?
- Jouer à petit-bleu et petit-jaune (EPS)
Mettre les enfants deux par deux : nous allons jouer à petit-bleu et petit-jaune. Ils s’embrassent et deviennent tout vert (à partir de ce moment là, les enfants se retrouvent collés deux par deux, on peut les installer à l’intérieur d’un cerceau vert) Ils vont jouer (et tous les enfants vont jouer deux par deux dans leur cerceaux) : les enfants creusent un tunnel (les faire passer sous une table, sans se lâcher), grimpent une butte (les faire grimper sur un banc, sans se lâcher). Puis les envoyer à leur maison : l’enseignant joue les parents et ne reconnaît pas les enfants, qui pleurent et sortent de leur cerceau, « libérés » ; alors tout le monde s’amuse à entrer par deux dans un cerceau et à en ressortir
- jouer l’histoire en salle de motricité (théâtralisation de l’histoire, fidèle au texte)

De l’histoire vécue à la production d’écrit
- jouer l’histoire sur une table avec des galets (objets manipulables)
- jouer l’histoire sur un tableau blanc avec des tâches de couleur en papier transparent bleu et jaune (rhodoïd)
- inventer d’autres histoires qui permettent de jouer sur les mélanges (petit bleu et petit jaune vont en vacances chez mamie rouge, par exemple…)

Travail sur les images
1. Les familles
- Remettre les personnages (formes papier couleurs, ou formes papier blanches à colorier ) dans leur maison (repérer les deux maisons) sur la page (PS, MS)
- Ranger les personnages du plus petit au plus grand
- Ranger dans un tableau : les papas, les mamans et les enfants de chaque famille ( les deux familles dans le même tableau PS, un tableau par famille MS ; un tableau à double entrée GS)

2. le mouvement
- remettre dans l’ordre des images de l’histoire :
famille réunie, maman s’en va, petit bleu sort (PS), il cherche Petit Jaune, il le trouve (MS, GS)

3. passage du 2 au 1 et retour au 2
- remettre dans l’ordre des images de l’histoire :
petit-bleu et petit jaune s’embrassent (2), deviennent tout vert (1), chassés de leur maison (1), pleurent (1- 2), redeviennent comme avant (2)

Travail sur l’interprétation de l’histoire (l’implicite)
1. Débats avec les enfants :

- Maman-Bleu laisse Petit-Bleu tout seul à la maison. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que maman vous laisse tout seul à la maison ? à quelle occasion ?
Voici d’autres livres dans lesquels une maman laisse ses enfants seuls à la maison : La chèvre et les sept biquets (conte traditionnel), bébés chouettes de Martin Waddelle EDL
Qu’en pensez-vous ?

- Petit-Bleu désobéit à sa maman. Pourquoi ? Qu’en pensez-vous ? Et vous, désobéissez-vous à maman ?
Connaissez-vous d’autres histoires dans lesquels des enfants désobéissent à leur maman ? Le Petit Chaperon Rouge, Boucle d’Or (contes traditionnels)

- Pourquoi les parents des enfants ne les reconnaissent pas ? Est-ce que papa et maman vous reconnaissent toujours vous ?
Les enfants vont sans doute parler des déguisements, des cachettes et on peut amener des livres sur ce sujet. Dans l’école, la classe, il y a peut-être des jumeaux que l’on confond toujours. Qui est qui ? Est-ce que ça les ennuie qu’on les confonde ou est-ce qu’ils trouvent ça rigolo ? pourquoi ?

- Comment trouvez-vous les dessins de ce livre ? est-ce que c’est un beau livre. Pourquoi ?
Voilà d’autres livres avec des dessins en « tâches » : le petit chaperon rouge de Warja Lavater (Maeght éditions), Pezzetino (Leo Lionni)
Y a-t-il des choses dans ces livres qui ressemblent au nôtre ? lesquelles ? pourquoi ?

2. travail sur le rapport image/texte (GS)
Afficher tout le livre à l’horizontale (en en photocopiant toutes les pages et en les mettant bout à bout).
- Chercher Petit-Bleu (et Petit-Jaune) dans toutes les pages et s’arrêter sur les pages où il se confond avec Petit Jaune en un être vert. Où est Petit-Bleu sur cette image ? et Petit-Jaune ? (jouer avec les ronds transparents, évoquer les jeux en salle où les enfants étaient par deux dans un cerceau) Où est Petit-Bleu dans le texte ? et Petit-Jaune ? Ils se cachent dans les mots aussi :
Ils se cachent dans l’image (vert = jaune + bleu) et dans le texte (ils = Petit-Bleu et Petit-Jaune)

- observer les pages où les parents ne reconnaissent plus leurs enfants et y repérer leurs paroles : les deux familles disent la même chose (mettre les paroles dans des bulles, style BD), insister sur le notre ( = à nous, tu n’es pas notre enfant , faire le parallèle avec Pezzetino qui cherche ses parents ; bien d’autres histoires pour jeunes enfants mettent en scène des animaux qui cherchent leurs parents), reconstituer la phrase des parents de Petit-Jaune à partir de la phrase de Petit-Bleu (en modèle)

3. travail sur la formation des mots composés (GS)
Petit-Bleu, Petit-Jaune, Petit-Orangé, Papa-Bleu , Maman-Bleu … fabriquer les noms de différentes familles (jouer avec des marottes et les nommer) à l’oral (PS, MS) et à l’écrit (avec des étiquettes papa maman petit bleu rouge jaune orange marron et un lexique des
couleurs ; avec des MS mettre d’entrée les majuscules sur les étiquettes)
Avec les GS observer comment on passe de petit bleu à Petit-Bleu avec la majuscule et le trait d’union.
Faire le parallèle avec les noms composés des enfants de la classe (de leurs parents, grands-parents si nécessaire).

Repérer les autres mots composés du texte par-ci, par-là (montrer que partout = par-tout)
Repérer après-midi sur l’emploi du temps de la journée.

Faire le parallèle entre la formation de ces deux mots reliés qui ne font plus qu’un et l’histoire de Petit-Bleu et Petit-Jaune reliés qui ne font plus qu’un.